Nous courrons sans cesse vers la sagesse qui nous satisfera le mieux, nous réjouissant de sa découverte, pour finir par trouver meilleure sagesse encore – et ces vieilles sagesses, pourtant auparavant si précieuses, nous paraissent alors tellement limitées...

Nous nous surprenons parfois à évoquer une vérité de vertige, comme éveillé en sursaut d'un sommeil qui aurait voilé cette lumière à nos yeux, une vérité murmurant que la sagesse est toujours en essor, toujours en évolution – ainsi que nous-mêmes, en définitive.

Comment trouver la sagesse ? La sagesse est le tribut de l'expérience des âges, elle se révèle aussi en miroir de l'accomplissement naturel de certains, qui ne sont pas forcément des êtres humains. Et si donc nous la demandions aux compagnons merveilleux de la destinée humaine ?

Si nous allions chercher une licorne, celle-ci nous répondrait que notre sagesse est aussi celle de chaque regard qui nous est gracieusement offert. Il est en effet essentiel de comprendre que la sagesse se trouve en nous-mêmes, mais il nous faut également comprendre que si la sagesse se trouve en nous, elle se trouvera aussi chez l'autre ; et cette autre sagesse, qui nous est parfois plus difficile à saisir, n'en sera pas moins vraie pour lui. La sagesse est la profondeur des choses, or existe-t-il une vérité plus profonde que l'unité qui étreint notre monde ? C'est pourquoi le sage connaît sa valeur, mais ne se sent pas supérieur à ce que l'apparence suggérerait qui est moindre. De même d'ailleurs, il ne se sentirait pas inférieur à ce dont l'apparence suggérerait l'importance. L'évolution du moindre est logiquement dépendante de qui serait plus grand, mais pourtant, même le plus grand dépend du moindre. Le sage, en réalité, sait tenir par la main ceux qui ont besoin de lui, en juste retour de la main qui le tient lui-même et dont il a un aussi grand besoin. Il sait qu'il possède tout en lui-même et que tout est une part de cette même sagesse ; cette connaissance est pour lui une joie de pousser les moins conscients que lui vers les propres splendeurs qu'il recherche. En définitive, puisque rien ne devrait se renfermer sur soi, chaque potentialité, chaque don, chaque pouvoir, chaque connaissance, incarne aussi la responsabilité de sa juste utilisation pour le bénéfice évolutif de tous et le soutien de chacun – et chaque talent se révèle véritablement comme à la mesure de ce que son possesseur doit donner.

Si nous allions chercher un dragon, celui-ci nous assurerait d'un air d'évidence que le premier pas vers la sagesse est de parvenir à se libérer des apparences. Le coeur seulement est le miroir de la vérité de chaque être, et c'est pourquoi celui qui ferme ou qui méprise son coeur méprise aussi la sagesse la plus profonde. Le sage sait lire les coeurs, il sait entrer dans le regard tendu pour y dévoiler la lumière de ce qui est, et non de ce qui paraît. Car ce qui est, ne peut mentir, et ce qui ne ment pas, est forcément sage. L'apparence accompagne seulement notre être véritable, qui par essence est sans forme, car c'est une énergie, une conscience, qui bien que liée au Tout possède aussi une personnalité et une nature qui lui appartiennent. La sagesse est donc de considérer cette apparence à sa juste place, et de replacer l'être véritable de chacun à la place qui lui est due.

Si nous allions chercher un centaure, il hausserait les épaules, et prouverait que la sagesse qui parle est la sagesse qui agit, et que nulle sagesse ne vaut d'être développée si elle n'est pas capable d'agir et de construire. Quel est l'intérêt d'être sage, si ce n'est pour faire ? La sagesse est par essence utile, elle se doit donc de conduire des actes et des paroles à l'influence concrète et à l'intérêt certain. Il est nécessaire et précieux d'agir dans une direction de progrès, de justice et de bon sens : la sagesse véritable sera le soutien de cet effort. En ce cadre, la réalisation de l'action juste est en elle-même une sagesse et le moteur d'une évolution heureuse et constante.

Si nous allions trouver la nymphe d'une rivière, elle nous sourirait, et nous dirait avec douceur que la sagesse ne saurait être dissociée de la pureté. Nul ne mériterait d'être considéré comme sage s'il devait oublier cette pureté. Comment considérer la sagesse, sinon comme une lumière intrinsèquement pure et belle ? L'acte du sage et sa conséquence est un miroir de beauté et de pureté, et ce miroir reflétera son propre progrès. Le sage a écouté son coeur, et pour ce faire, s'est épuré de tout ce qui le séparait de son sentiment le plus vrai et le plus profond. L'amour lui-même, dans ce qu'il représente véritablement, est indissociable de la pureté, comme un couple dont la danse serait éternelle. Voilà pourquoi, malgré ce qui fut parfois dit, l'amour est sage. La véritable sagesse est vêtue des vagues d'un merveilleux amour, guidant et conduisant l'assoiffé de ses flots à la sagesse et à la pureté auxquelles il aspire. Nul n'est un guide s'il n'a pas déjà trouvé la sagesse, et nul n'a trouvé la sagesse s'il n'a pas tenu la pureté et exprimé l'amour...

Si nous allions trouver un griffon, il assurerait dans un rire que les sagesses sont aussi mouvantes que les souffles de l'air, parce que tout est en mouvement. La plus merveilleuse des sagesses, si elle se trouvait figée ou dogmatisée, perdrait du même élan tout son sens, et le mouvement des mondes transmuerait sa vérité en mensonge. Une sagesse suit le souffle des vérités, qui parfois s'apaisent, parfois ventent comme des tempêtes, mais toujours se drapent de nouveaux visages. La vérité et la sagesse d'un jour ne sont plus celles de leurs lendemains, aussi nul n'est sage s'il n'est pas capable de tout remettre en question. La sagesse, finalement, pourrait être de vivre au présent, tirant un trait sur les expériences passées tout en se hissant grâce à elles vers les plus hautes découvertes de ses lendemains.

Si nous allions trouver une sirène, elle nous murmurerait que nos égarements furent sages, s'ils nous permirent d'émerger des ténèbres pour nous ouvrir enfin aux étoiles, et d'illuminer ces ténèbres de l'accomplissement qu'elles conduisirent finalement à construire... Alors, la sagesse peut briller de mille feux, et nous permettre d'accompagner et de construire notre propre destinée, plutôt que la laisser nous traîner ou nous enchaîner. Pourtant, le véritable sage sait ne pouvoir évoquer qu'une part infime de la sagesse, multiple jusqu'à l'infini. Il se contente alors de la sagesse la plus éternelle, qui est de suivre son coeur, son coeur véritable ; alors il ne laisse plus ses sentiments superficiels le dominer, mais seulement son sentiment le plus vaste et le plus profond, celui qui toujours saura très certainement trouver la voie à prendre et à illuminer.

Le sage comprend la signification du mot aimer, il sait que l'amour est tout autant la révélation de la plus haute divinité que le fondement même de toute existence.

À ces mots, nous comprenons que la sagesse est une étreinte éternelle.

Et la sagesse, alors, exprime ce qu'elle est, sans qu'il soit finalement besoin de l'exprimer...