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Qui pourrait nier que notre vue
est imparfaite ? Nous connaissons ses limitations, nous savons que nous
ne voyons pas tout. La science et les techniques modernes de
l'infiniment petit, ou de l'infiniment loin, furent là pour nous le
prouver à tous s'il en était besoin. Par ailleurs, même en remontant
plus loin le temps, nous pourrions trouver d'innombrables philosophes
qui établirent de façon certaine que le monde n'est pas ce que la vue
voudrait nous faire croire qu'il est. Pour beaucoup, la réflexion
émerge tout à fait spontanément : puisque nous voyons le monde au
travers de la superficialité de nos sens, alors la vision de notre
univers ne reflète que l'apparence et la partialité. Notre monde est
tellement prodigieux, la Vie est tellement stupéfiante, l'existence, en
quelque sorte, est tellement merveilleuse, que la réalité de tout ceci
doit dépasser toute imagination. Le coeur de l'infime comme du plus
titanesque, le sentiment qui bat en tout être, la puissance la plus
fondamentale qui soutient et qui embrasse toute forme d'existence, ne
peut appartenir qu'au domaine le plus subtil et le plus majestueux.
C'est pourquoi la réalité ne saurait nullement se limiter à cette
apparence que nous semblons voir.
Malgré tout ceci, nous n'avons
de cesse de considérer comme vrai la seule superficialité que nous
dévoilons. Pire encore, nous soutenons l'injuste tyrannie de la vision
sur tous les autres sens, en dépit de son caractère plus illusoire
encore (la perception de nos yeux est probablement l'information la
plus altérée par son interprétation par le cerveau). Pourtant, la plus
élémentaire des sagesses ne nous soufflerait-elle pas que si nous
sommes en possession de plusieurs sens pour découvrir notre
environnement, c'est que nous devons les considérer comme un tout et
non en couronner un seul auquel tous les autres seraient soumis ? Il
est, de plus, une plus grande sagesse encore : si le fondement de la
réalité tient naturellement de la perception la plus subtile, alors il
nous faudrait la dévoiler avec notre potentialité la plus subtile.
Cette réflexion devrait nous conduire à replacer la sensibilité,
l'intuition et le sentiment du coeur à la juste place qui devrait être
la leur. Quelles merveilles vous réserveraient enfin vos vies si vous
décidiez d'écouter ces plus profonds, bien que plus discrets,
conseillers ?
En décidant de me faire confiance, je n'ai pas
seulement grandi en moi même, j'ai aussi retrouvé cette dimension
merveilleuse dont la dissimulation était pour moi une souffrance. Le
merveilleux est cet habit qui nous réchauffe si véritablement, sans
lequel nous nous sentons nus, vulnérables, à la merci d'un monde que
nous savons ne pas nous appartenir. Le merveilleux est notre monde.
C'est en réalisant ces vérités que j'ai commencé à toucher les sujets
qui m'étaient les plus chers, à commencer par les licornes. J'ai
toujours cru aux licornes, j'ai toujours espéré que j'en rencontrerai
une, jusqu'à comprendre enfin que la réalité m'unissait avec elles plus
que je ne l'avais jamais rêvé. C'est ainsi que j'ai réappris la
signification et la nature des licornes, bénédictions éternelles et
puissantes amies de nos destinées les plus lumineuses.
Les
licornes ont ceci d'extraordinaire que leur évocation émerveille même
en les réduisant à de simples animaux dénués de la parole ou de tout
autre pouvoir. Il semble que, incapable de nous faire à l'idée d'une
telle merveille à nos cotés, nous ayons tout fait pour abaisser la
Licorne, afin de pouvoir la dominer de notre intelligence dont nous
étions si fiers. Comment serait-il possible que l'Homme ne soit pas au
sommet de tout ? Si Dieu existe, alors Lui seul pourrait surpasser
l'Homme, et si l'Homme existe, c'est que Dieu imagina le plus parfait.
Il serait en effet impensable qu'Il ait imaginé quiconque avant nous.
Et ce serait encore oublier que Dieu imagina le plus beau (à Son image,
même !), le plus intelligent, le plus brillant, le plus fort ! La
prétention humaine est tellement risible qu'elle serait capable de
faire sourire pour l'éternité. Qui souhaiterait, en vérité, aider et
soutenir un être soumis à une telle arrogance ? Il semblerait donc que
si les licornes avaient eu le choix, elles ne seraient pas restées
longtemps à nos cotés. Tel n'est pourtant pas le cas. Cette générosité
échappe certes à un accomplissement comme le nôtre – il suffit pourtant
de penser que l'accomplissement de la Licorne n'est pas comparable au
nôtre : il est supérieur.
Durant les siècles qui nous ont
précédés, cette idée, et même, l'ombre de cette idée, aurait été
suffisante pour conduire illico presto au bûcher. Nous sommes cependant
fatigués de nos égarements et de nos vérités mises à bas en un
clignement de cil à l'échelle terrestre. Aujourd'hui, beaucoup sont
assoiffés de sagesse, d'une sagesse véritable qui replacerait les
vérités à leur juste place, c'est à dire hors de toute croisade ou de
toute dogmatisation. Trop de millénaires à nous éloigner des réponses
que nous cherchions véritablement, nous a finalement conduits à une
soif inextinguible de plus hautes et de plus profondes vérités. Alors,
pourquoi ne pas tenter de travailler cette modestie qui nous fit si
souvent défaut, en acceptant de voir nos imperfections, le long chemin
à parcourir pour en triompher, et la réalité de guides plus évolués que
nous le sommes ?
La Licorne est liée à l'humanité dans son
ensemble, nul hasard ne saurait d'ailleurs expliquer sa présence dans
les mythologies de toute la Terre, de la Chine à l'Islande en passant
par les gravures rupestres du Néolithique – car déjà l'homme
préhistorique gravait des licornes. Les licornes sont inexplicables,
troublantes, c'est pourquoi il fut si confortable de les cataloguer
parmi les chimères et les créations intangibles de l'esprit humain.
Pourtant, si les licornes étaient nées de notre imaginaire, comment
serait-il possible de ressentir une telle émotion, en l'imaginant
justement ? C'est là que nous ressentons un battement de coeur plus
puissant qu'à l'accoutumé, comme si le centre émotionnel de notre être
ne pouvait nullement être dupe de cette supercherie, et qu'il se
réjouissait de penser aux licornes dont il avait toujours connu
l'importance et la réalité. D'un certain coté, il n'est pas sans
fondement de penser que la licorne est née de notre imaginaire, mais
dans le sens le plus merveilleux, non le plus rationnel. À l'aube
émergente de l'espèce humaine, c'est probablement notre appel intérieur
et la lumière de ce que nous aspirions à être qui conduisit ainsi la
bénédiction d'un compagnonnage merveilleux pour nous guider et nous
soutenir. Ainsi, le galop enchanté des licornes répondit à cette
aspiration.
Quelles que furent les visions et les théories sur
le propos, il est étonnant de se rendre compte comment la pureté a pu
accompagner la description des licornes. Peu sont capables d'expliquer
cette puissante convergence d'opinion. Les légendes se rapportant aux
licornes se perdent souvent dans la nuit des temps, source
d'incertitude quant à leur origine véritable. Cela ne devrait pas
étonner, par cette considération que les licornes sont liées de telle
façon à nous que leurs légendes se placent aussi loin que naissent les
nôtres. Parmi les plus populaires de ces récits, la pureté n'était pas
seulement accordée à la nature des licornes, elle était aussi donnée
comme moyen infaillible de s'en approcher. Lorsque la pureté des
licornes se trouvait en effet reflétée dans le coeur d'un humain, alors
le sourire d'une licorne pouvait soudainement apparaître au détour d'un
sentier, comme s'il n'était pas possible que la pureté humaine puisse
être séparée de la merveilleuse cavale blanche...
Cet humain au
coeur pur, nul ne l'a plus joliment incarné que la vierge innocente. La
jeune fille est souvent l'incarnation d'une beauté et d'une pureté
particulièrement précieuse, bien que cette force la fragilisa également
dans une autre mesure. Si les religions ont tant aimé diaboliser la
jeune femme, ce devait être par crainte ou jalousie de la savoir si
naturellement proche de ce sourire divin ! Mais la divinité des mondes
est comme la licorne : elle préfère la prière d'un amour spontané et
désintéressé, plutôt que la savante et longue prière de celui qui veut
se sentir plus proche de Dieu que tous les autres. Ainsi que
l'enseignerait une licorne, la plus puissante des prières reste de voir
en tout être le reflet de la divinité que nous voudrions aimer, et de
considérer l'amour que nous portons à certains comme le tremplin pour
aimer l'Univers entier.
Les licornes aiment les jeunes filles
dans cette dimension de beauté et de pureté ; elles sont leurs
protectrices, les gardiennes de leurs pas et leurs compagnes de chaque
instant. Trouver une jeune fille au coeur rayonnant de beauté et de
pureté est un moyen assez infaillible pour sentir la douce présence et
l'énergie merveilleuse de ces êtres extraordinaires. Cependant, les
licornes lisent les coeurs et non l'apparence, c'est pourquoi elles
pourront rejoindre aussi intimement les jeunes garçons aux coeurs d'une
pareille lumière. Certains pourront, malgré la vieillesse, continuer à
garder ce lien privilégié avec leur licorne, mais il s'agit d'une
situation plus rare, les heurts de la maturité ayant bien trop souvent
l'occasion de faire se refermer sur soi.
Les licornes ont
également une habitude assez méconnue, bien que particulièrement belle,
celle de se transformer en jeunes filles afin d'aider ceux qu'elles
aiment sans devoir dévoiler leur nature. Si la légende n'a repris pour
sa part que le thème de la jeune fille, en réalité une licorne usera de
ce don de la façon la plus appropriée qui soit : elle pourra devenir
temporairement aussi bien une jeune fille qu'un jeune homme. Ainsi
furent parfois guidés certains humains aux cœurs purs nécessitant un
soutien dans un monde difficile. Il ne fait aucun doute que de telles
rencontres doivent marquer profondément la mémoire, même sans pouvoir
deviner qu'il s'agissait bel et bien de réelles licornes.
D'où
vient la Licorne ? Nous est-il seulement possible de l'appréhender,
nous qui avons déjà tant de mal à dévoiler notre propre origine ? Une
chose reste cependant certaine. La Licorne a suivi l'évolution de
l'Homme depuis la nuit des temps ; elle nous a accompagné depuis que la
conscience humaine sut définir les premiers hommes. Elle est notre
compagne depuis tous ces millénaires, celle qui a tout suivi de nous et
qui fut de tous temps un guide inestimable. Nous touchons là en effet
cette nature essentielle de la Licorne : elle est pour nous un guide,
une gardienne, qui se gardera bien de faire notre travail d'évolution à
notre place mais qui veillera à ce que nous ne nous égarions pas.
L'Homme est en effet souvent victime de cet égarement, particulièrement
de nos jours. Il ressent intuitivement l'importance de son
perfectionnement pour progresser sur le chemin de son humanité, alors
qu'il voit si crûment les limites de ses accomplissements présents. Il
sait qu'il doit tendre vers autre chose de plus sincère et de plus
vrai, alors qu'il ne discerne pas toujours la marche à suivre...
Pourtant,
nous courons vers la vraie sagesse de nos accomplissements futurs, que
nous en soyons conscients ou non, que nous ayons conscience ou non de
nos guides plus subtils en cette voie. Il nous faut garder à l'esprit
que tout est moteur d'évolution. En définitive, nous sommes comme la
pâte qui doit se pétrir et se pétrir encore avant d'obtenir la
possibilité de son accomplissement. Aussi, une licorne ne sera pas là
pour juger ou empêcher l'expérience indispensable à notre maturité,
quand bien même ce serait une effrayante absurdité contemporaine sur
l'instant. Elle sera celle qui maintiendra un être humain sur un chemin
d'évolution croissante ; autant que doit se faire et que peut se faire,
son aide patiente sera avec nous. Elle est cette Gardienne de la
conscience humaine.
La Licorne a veillé sur toutes les périodes
cruciales de notre Histoire, se mettant parfois physiquement à l'écart
lorsque nous traversions des cycles trop frustes et trop brutaux, mais
veillant constamment. Cette distance est ce qu'elle dût respecter
durant ces nombreux siècles qui nous ont précédés, mais nous semblons
arriver enfin à un point tout à fait particulier de notre évolution.
Notre époque change. Notre époque changera physiquement très bientôt,
avant même que nous l'imaginions dans toute sa mesure ; nous nous
surprendrons un beau jour à contempler l'éclosion soudaine d'un grand
travail. Aujourd'hui, une prise de conscience très importante d'une
grande partie de l'humanité fait déjà ressentir le besoin d'un retour
plus concret des licornes. C'est ce retour qui nous la fera découvrir
progressivement sous sa lumière véritable.
Il y eut à travers
nos âges des périodes bénies où les Hommes et les Licornes pouvaient
vivre et évoluer ensemble ; ce fut donc avec le retour de ces cycles
plus grossiers, pétrisseurs nécessaires de notre maturité par leur
dureté, que les hommes perdirent petit à petit leur faculté
d'accompagner physiquement les licornes. C'est ainsi que nous devions
être et que nous devions vivre : l'Homme est en quelque sorte un
profond expérimentateur de la Matière, dont le dessein est de la
sublimer. La Licorne le sait fort bien et comprendra entièrement ces
périodes humaines dites d'obscurantisme, qui la forcent parfois au
retrait bien qu'elle ne cesse jamais de se montrer et de nous suivre.
Nos
chères licornes... En faisant le choix de suivre l'évolution de
l'humanité, elles furent déjà pour nous une des plus éclatantes
bénédictions. L'Univers est, en un mot, cette Évolution grandiose, mais
une évolution unie et consciente. Toujours, ceux qui sont en avance
vont aider ceux qui restent en arrière.
Ainsi la Licorne vous étreint-elle de ses bénédictions...
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